
HISTOIRE
Le Domaine des Francini,
L'Âge d'Or des Fontainiers du Roi, de 1607 à 1768
La Dynastie des Francini
Berceau de la famille Francini durant cinq générations, le Château de Grand'Maisons fut le fief de ces illustres fontainiers florentins, créateurs des jeux d'eau de Versailles, Saint-Germain-en-Laye et Fontainebleau. De l'acquisition des terres en 1607 par Tommaso Francini aux grands travaux hydrauliques de ses successeurs, le domaine a incarné pendant plus d'un siècle l'excellence des maîtres des eaux de la Couronne, mêlant l'ingéniosité technique à l'art de vivre seigneurial.
De la Splendeur de Louis XV au Sauvetage Providentiel
Au XVIIIe siècle, le domaine change de dimension : devenu Comté, il voit l'édification d'un « Château Neuf » sous l'impulsion de François-Henry de Francine et de l'architecte Jean-Baptiste Leroux, avant d'être intégré aux Chasses Royales de Louis XV, roi de France, en 1768. Condamné à la démolition par le Conseil d'État pour renflouer les caisses du Royaume, l'édifice doit sa survie exceptionnelle à l'architecte du Roi Jean-François Heurtier, qui le rachète en 1779 pour en préserver la splendeur et nous transmettre ce témoin unique de l'histoire de France.
I. TOMMASO FRANCINI,
Le Château Vieux

En 1566, en lieu et place de l'actuel château de Grand'Maisons, se trouve une maison du maître construite par Jehan Bertin, descendant de Guillaume Le Thelier, premier propriétaire connu des terres de Grand'Maisons selon les archives trouvées à cette heure.
En 1607, le fief de Grand'Maisons devient la propriété de la famille Francini, célèbres fontainiers florentins appelés à la Cour du Roi pour créer durant quatre générations, les jardins, cascades, bassins et jeux d'eau de Versailles, Saint Germain en Laye et Fontainebleau.
Tommaso Francini (appelé Thomas Francine en France, 1571-1651), intendant des fontaines et grottes du Roi, fondateur de la dynastie Francine en France, acquiert les terres de Grand'Maisons le 20 juin 1607, et avec lui commence une dynastie de 5 générations de Francini sur les terres de Grand'Maisons.
En 1611, Thomas Francine à fait reconstruire la maison des Berthin en un petit château, avec colombier portant les armes Francini.Il conçoit durant cette périodes des jeux d'eau et des cascades pour son jardin, dont la disposition est confirmée sur plans jusqu'en 1744.
En 1633, le lieu dit de Grand’Maisons est inféodé à la châtellenie de Villepreux. Entre 1633 et 1645, Thomas Francine se porte acquéreur des dernières portions du lieu de Grand'Maisons, agrandissant son parc pour la création d'un grand jardin à la française.
Plan daté de 1744 du château de Grand'Maisons et de son jardin,
dessiné par Thomaso Francini
II. FRANÇOIS FRANCINE,
Une créativité sans limite
En 1663, François Francine (1617-1688) , fils de Thomas, devient Seigneur de Grandmaison : il rend aveu de la terre de Grandmaison au seigneur châtelain de Villepreux.
Avec Denis Jolly, ancien fontainier de Nicolas Fouquet à Vaux-le-Vicomte, François Francine conçoit en 1664-65 les jeux de la grotte de Téthys, sa première grande réalisation hydraulique à Versailles : des oiseaux chanteurs commandés par un orgue faisaient tomber ou jaillir l’eau en cascade ou en champignons. Détruite en 1676, la réputation de la grotte resta dans toutes les mémoires.
En 1667, il réalise trois réservoirs près de celui de la grotte pour alimenter les deux grands bassins de l’axe principal : Latone et Apollon.
La créativité de François Francine est impressionnante : jets entrecroisés du bosquet des Trois Fontaines ; cascades du bosquet des Rocailles ; jet de 27 mètres du bassin du Dragon, le plus haut de tous. Non moins étonnants étaient les jeux des bosquets du Labyrinthe et du Théâtre d’eau, aujourd’hui disparus, composés d’enfants et d’animaux. Versailles lui doit surtout en 1672 la réalisation des premiers tuyaux de fonte de France !
L’alimentation en eau des bassins fut la préoccupation constante du roi et de ses fontainiers au point qu’on envisagea de détourner l’Eure. Un important réseau d’aqueducs et de bassins souterrains ou extérieurs fut conçu autour de Versailles. De Rambouillet à la Seine, où fut érigée la célèbre machine de Marly, tous les étangs et rivières environnants concoururent à l’alimentation des bassins sans vraiment y satisfaire. Ce manque d’eau obligea les Francine à faire jouer les bassins en alternance au passage du roi. Un coup de sifflet servait de signal. Le problème n’a guère été résolu depuis.

Gravure représentant la Grotte de Thétys
III. PIERRE-FRANÇOIS DE FRANCINIE,
Grand'Maisons lieu-dit puis Comté
En 1707, Son fils Pierre-François de Francine (1654-1720), intendant général des eaux et fontaines de France, est 1er comte de Villepreux : Il échange avec le roi Louis XIV sa ferme des Graviers située dans le parc de Versailles contre la seigneurie et châtellenie de Villepreux et la terre de la Hébergerie (excepté l’ancien château et parc des Gondy), et le 8 avril 1707, la seigneurerie de Villepreux est érigée en comté sous le nom de Villepreux en faveur de Pierre François de Francini.
IV. FRANÇOIS-HENRY DE FRANCINIE,
Les débuts du Château neuf
En 1720, François Henry de Francine (1684-1731), fils de Pierre-Francois, également intendant général des eaux et fontaines de France et 2e comte de Villepreux, fait appel au service de l'architecte Jean-Baptiste Leroux pour dresser les plans d’un nouveau château à Villepreux, pour remplacer celui construit par Thomas de Francini vers 1610.
Jean-Baptiste Leroux suivra les travaux de construction jusqu’en 1731, date à laquelle la mort du comte de Villepreux interrompt le chantier.
Dès la fin de l’inventaire après décès du comte de Villepreux de nombreux créanciers se manifestent auprès du notaire et s’opposent à la clôture des scellés.
V. THOMAS FRANÇOIS HONORÉ DE FRANCINE,
La fin de la dynastie Francini à Grand'Maisons
Dernier grand seigneur de la dynastie à régner sur le domaine, Thomas François Honoré de Francine (1724-1780), Comte de Grand'Maisons et Intendant des Eaux et Fontaines de France, incarne l'apogée sociale de la famille. Sous son impulsion, la charge héritée de ses ancêtres florentins atteint un degré de distinction suprême, mêlant l'autorité technique sur les merveilles hydrauliques de Versailles à une vie de cour raffinée.
Toutefois, le faste de ce rang et les charges liées à l'entretien d'un tel patrimoine pèsent lourdement sur les finances familiales. Face à l'érosion de leur fortune et aux besoins d'extension des plaisirs royaux, Thomas François Honoré se résout à céder le château et ses terres à la Couronne en 1768. Cette vente marque la fin d'un siècle de présence Francine, transformant ce qui fut un fief de famille en un territoire intégré aux Chasses Royales.
VI. LOUIS XV, "LE BIEN-AIMÉ"
Les Chasses Royales
Sous le règne de Louis XV, roi de France, le destin de Grand'Maisons bascule dans la sphère de l'intimité souveraine. En 1768, séduit par la richesse cynégétique des terres et la situation stratégique du domaine, le monarque décide d'intégrer le château et ses bois au vaste réseau des Chasses Royales, un territoire de prestige qui comptait déjà plus de 6 500 hectares.
Le domaine devient alors un maillon essentiel du plaisir du Roi, s'inscrivant dans le paysage prestigieux qui entoure Versailles. Cette période, bien que marquée par une volonté de contrôle étatique qui faillit causer la perte de l'édifice, confère à Grand'Maisons son aura de terre royale, un statut qui imprègne encore aujourd'hui la noblesse de ses perspectives et le tracé de ses allées.

Plan des Chasses Royales de Louis XV, Grand'Maisons en fait partie de 1768 à 1779
VI. JEAN-FRANÇOIS HEURTIER,
Grand'Maisons sauvé de la destruction
L’histoire de Grand'Maisons aurait pu s'arrêter net en 1779. Le Royaume de France est alors au bord de la banqueroute, étranglé par les dettes de la Guerre d’Indépendance américaine. Le château appartenant au Domaine de la Couronne, il est inaliénable. Ne pouvant légalement vendre le foncier, le Conseil d’État décide d’une manœuvre cynique pour récupérer des liquidités : il ordonne la démolition de l'édifice afin d'en vendre les matériaux (pierres de taille, ardoises, boiseries) pièce par pièce.
C’est ici qu’intervient Jean-François Heurtier (1739-1822). Architecte du Roi, il profite d'une véritable opportunité d'initié pour stopper la destruction et rachète l'édifice condamné en engageant ses propres deniers. Heurtier et son épouse transforment alors ce domaine, que le Roi utilisait uniquement pour ses chasses sans jamais y bâtir, en une demeure de plaisance habitable grâce à d'importants travaux de second œuvre.
Cependant, l'instabilité de l'époque marque le début d'une valse des propriétaires. En 1802, Heurtier cède le château à Pierre Jacques Dubois-Desmeures. Ce dernier, ruiné 9 ans plus tard, se voit contraint de le revendre en 1811 aux enchères. Le nouvel acquéreur n'est autre que Thomas-Jean-Baptiste Merlin, le parrain d'Augustine Bertin de Veaux. C'est par ce lien de confiance et cette transition providentielle que le domaine entre dans l'orbite de la famille de Veaux, restant ainsi inachevé mais préservé, jusqu'à ce qu'Augustine n'en reprenne les rênes en 1828 pour parachever l'œuvre.

Jean Francois Heurtier et son épouse
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