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HISTOIRE

Le Château des Bertin de Veaux, de 1826 à ce jour

L'Empreinte des Bertin de Veaux : Entre Politique et Patrimoine

En 1811, le domaine entre dans une nouvelle ère avec son acquisition par Thomas Jean-Baptiste Merlin, collectionneur d'art et agent de change parisien, avant d’être légué en 1826 à sa filleule, Augustine Bertin de Veaux.

Épouse de Louis-Francois Bertin de Veaux, figure politique majeure et cofondateur du Journal des Débats, elle fait achever la construction du château en respectant scrupuleusement les plans originaux du XVIIIe siècle.  Grand’Maisons devient un haut lieu de la vie intellectuelle et artistique du XIXe siècle, accueillant des hôtes illustres tels que Chateaubriand et s'ornant de portraits signés des plus grands maîtres, d'Ingres à Girodet.

Deux Siècles de Transmission : De la Résistance au Renouveau

Depuis près de deux cents ans, la même lignée familiale veille sur ce patrimoine, traversant les épreuves de l’Histoire , à l’image du Comte Roland de Saint Seine, héros de la Résistance déporté puis honoré de la Légion d’honneur. Précurseurs dans l'ouverture du domaine à l'événementiel dès l'après-guerre, les descendants — de Simone de Saint Seine à Victoire et Lutz Liebrecht aujourd'hui — perpétuent cette tradition d’excellence. À travers des restaurations d'envergure et le projet de la nouvelle Orangerie, ils redonnent vie et éclat à ce joyau architectural, assurant ainsi l'avenir de ce "second fief familial".

I. MONSIEUR ET MADAME MERLIN,
L'Unification du Domaine

L'année 1811 marque un tournant décisif dans l'histoire de la propriété. Le château de Grand’Maisons et ses dépendances sont alors vendus aux enchères, devant le tribunal de première instance de la Seine, pour la somme de 28 050 francs. L'acquéreur, Thomas Jean-Baptiste Merlin (1750-1826), est une figure de l’élite parisienne : agent de change, collectionneur et esthète.

Lui et son épouse, Marie-Françoise Boquet, appartiennent à cette génération dont la vie fut rythmée par les soubresauts d'une France en pleine métamorphose. Ayant traversé les fastes de l'Ancien Régime, les périls de la Révolution, puis l'ascension de l'Empire, ils voient dans Grand'Maisons une promesse de pérennité.

Ce rachat prend une dimension patrimoniale unique grâce à Marie-Françoise, que Thomas Jean-Baptiste a épousée en 1808. Veuve du dernier propriétaire de la Ferme de Grand'Maisons, elle apporte avec elle les terres agricoles du domaine. Cette union permet ainsi de reconstituer l'ancien fief tel qu'il avait été conçu par les Francine au XVIIe siècle, rassemblant ce que les aléas de l’histoire avaient dispersé.

Dans cette France aux régimes éphémères, Monsieur et Madame Merlin font du domaine un havre de culture et de stabilité, préparant le terrain pour leur filleule Augustine. Par ce geste fondateur, ils n'ont pas seulement préservé une architecture ; ils ont ancré leur descendance dans un lieu protégé des agitations de la capitale.

Monsieur Thomas-Jean-Baptiste Merlin, par Girodet
Monsieur Thomas-Jean-Baptiste Merlin, par Dröling

Monsieur Thomas-Jean-Baptiste Merlin
peint en 1820 par Martin DRÖLING

Monsieur Thomas-Jean-Baptiste Merlin
peint en 1789 par Anne-Louis GIRODET-TRIOSON

Madame Bocquet au Châle Vert, par Girodet
Madame Merlin au Châle Jaune, par Girodet
II. AUGUSTINE BERTIN DE VEAUX,
L’Égérie de Grand'Maisons

En 1826, Thomas Jean-Baptiste Merlin choisit de léguer la totalité de son domaine à sa filleule Augustine Bertin de Veaux (1780-1849). À une époque où le cadre juridique limitait souvent l'action des femmes, Augustine bénéficie au sein de son foyer d'une liberté précieuse. Son mari, Louis-François Bertin de Veaux, grand intellectuel et cofondateur du Journal des Débats, est alors tout entier dévoué au dynamisme politique de la France aux côtés de son frère, le célèbre Louis-François Bertin, dit « Bertin l’Aîné ».

C'est dans cet espace d'autonomie et de confiance qu'Augustine déploie ses talents. Loin d'un simple rôle de représentation, elle s'affirme comme la véritable égérie de Grand'Maisons. Son importance au sein du cercle familial et artistique est d'ailleurs immortalisée par le peintre Girodet, qui fit d'elle deux portraits, tout comme il l'avait fait pour sa mère, Marie-Françoise Boquet, et une fois pour son parrain, Thomas Jean-Baptiste Merlin.

Ces portraits faisaient partie de la collection mobilière exceptionnelle du château, un ensemble de grande qualité qui a subsisté dans son écrin d'origine jusqu'à sa dispersion en 2017 lors d'une vente mémorable à l'Hôtel Drouot — à l'exception des éléments qui meublent encore aujourd'hui la demeure.

Forte de cette culture artistique, Augustine prend l'initiative en 1828 de terminer la construction du château. Les archives de ses dépenses révèlent qu'elle se replonge avec une vision claire dans les plans originaux de Jean-Baptiste Lerouxdessinés un siècle plus tôt, pour mener à bien l'œuvre inachevée.

Sous son égide, Grand'Maisons devient un foyer de culture où l'on croise Châteaubriand et les plus grands esprits de l'époque. En transmettant le domaine à ses descendants, Augustine ne lègue pas seulement des terres : elle fonde un fief familial qui, sans interruption depuis deux siècles, se transmet de génération en génération, chacune s'attachant à poursuivre son œuvre d'embellissement.

Madame Augustine Bertin de Veaux par Girodet
Madame Augustine Bertin de Veaux par Girodet
Louis-François Bertin de Vaux par Girodet
François-René de Chateaubriand par Girodet

Depuis 1826, le domaine s'est transmis de génération en génération aux descendants d'Augustine Bertin de Veaux, faisant de ce domaine un second fief familial sur plus de deux siècles. 

À sa suite, les descendants d'Augustine Bertin de Veaux ont maintenu et complété l'oeuvre de restauration et d'embellissement du domaine de Grand'Maisons.

Celui-ci a traversé  le XIXème siècle sans heur, choyé par ses propriétaires successifs :

III. LE GÉNÉRAL BERTIN DE VEAUX,
L'Éclat et la Rigueur

Fils de Louis-François, le Général Auguste Bertin de Veaux (1799-1879) marque l’histoire de la famille par une carrière d’exception au service de la France. Officier de cavalerie de haut rang et aide de camp du Duc d'Orléans, il apporte au nom de Bertin de Veaux le prestige des plus hautes fonctions militaires.

Son influence s'exerce également sur la scène politique du XIXe siècle : député puis sénateur, il est une figure de premier plan sous la Monarchie de Juillet et le Second Empire.

Sous son autorité, Grand'Maisons connaît une phase de consolidation majeure. Grand officier de la Légion d’honneur, il assure la gestion rigoureuse du domaine et son agrandissement, transformant les terres en une propriété foncière de rapport d'une grande importance .

En structurant ainsi le patrimoine familial, il laisse à sa fille Louise une demeure au sommet de son éclat, véritable symbole de la réussite d'une lignée au cœur de l'État.

Auguste Bertin de Veaux
Le Général Auguste Bertin de Veaux
IV. LE COMTE ET LA COMTESSE ALPHONSE DE RAYNEVAL,
Grand'Maisons à l’Heure de la Diplomatie

Fille d’Auguste, Louise Bertin de Veaux (1826-1910) apporte au domaine une dimension nouvelle par son mariage avec le Comte Alphonse de Rayneval.

Ce dernier appartient à l'une des lignées les plus illustres du Quai d’Orsay : il est le neveu de Conrad Alexandre Gérard, premier ambassadeur de France aux États-Unis, et le petit-fils de Joseph-Mathias Gérard de Rayneval, artisan du traité d’indépendance américaine.

Suivant cette voie d'excellence, Alphonse de Rayneval mène une carrière d'envergure, notamment comme ministre plénipotentiaire de la France à Rome auprès du Saint-Siège. Sous le Second Empire, Grand'Maisons reflète ce prestige international. Le château devient une résidence accoutumée à l’élite diplomatique, où l’on cultive une distinction intellectuelle et un art de vivre hérités des plus hautes missions d'État.

Suivant la voie familiale, Alphonse de Rayneval mène une carrière d'envergure, notamment comme ministre plénipotentiaire de la France à Rome auprès du Saint-Siège. Sous le Second Empire, Grand'Maisons reflète ce prestige international. Le château devient une résidence habituée à l’élite diplomatique, où l’on cultive une distinction intellectuelle et un art de vivre hérités des plus hautes missions d'État.

Cependant, Louise incarne aussi la force et la dévotion familiales dans l'épreuve. Suite à la disparition précoce de sa fille Madeleine à l’âge de 29 ans, elle devient la figure protectrice du foyer et prend une part active et aimante à l’éducation de ses petits-enfants. Âme de Grand'Maisons, elle veille sur la jeune génération avec une dignité remarquable, assurant la stabilité de la demeure et la transmission des valeurs de sa lignée jusqu'à l'aube du XXe siècle.

Louise de Rayneval

Louise de Rayneval
dessinée  par Jean-Auguste-Dominique INGRES

Alphonse de Rayneval

Alphonse de Rayneval
dessiné en 1854 par Rudolf LEHMANN

Louise de Rayneval

Louise de Rayneval
dessinée en 1844 par Jean-Auguste-Dominique INGRES

Alphonse de Rayneval dessiné par Ingres 1844.png
V. LE COMTE ET LA COMTESSE HENRY DE SAINT SEINE, 
L'Art de Vivre à la Belle Époque

L'union de Madeleine de Rayneval (1851-1880), fille de Louise et Alphonse de Rayneval, avec le Comte Henry Le Gouz de Saint Seine (1844-1915) marque une étape clé dans l'histoire du domaine.

En faisant entrer le nom de Saint Seine à Grand'Maisons, ce mariage inscrit le château dans la continuité des grandes familles de la noblesse française.

À cette époque, le domaine vit au rythme de la "vie de château" du XIXe siècle, où l'on cultive un art de vivre d'une grande distinction, entre réceptions mondaines et gestion rigoureuse des terres. Malgré la disparition précoce de la Comtesse Madeleine à l'âge de 29 ans, le Comte Henry de Saint Seine assure avec dévotion la pérennité du patrimoine familial durant plus de trente ans. Sous sa garde, Grand'Maisons préserve son éclat et son atmosphère de demeure de campagne aristocratique, préparant le terrain pour les générations futures.

Henry de Saint Seine

Henry de Saint Seine 
photographie vers 1875

Madeleine de Rayneval

Madeleine de Rayneval
photographie vers 1875

VI. LE COMTE ET LA COMTESSE THIBAULT DE SAINT SEINE,
Un Pilier dans la Tourmente

Fils de Madeleine et Henry de Saint Seine, le Comte Thibault Le Gouz de Saint Seine (1872-1949) traverse avec une force tranquille l'une des périodes les plus tourmentées de l'histoire moderne.

Son union avec Anne de Truchis de Varennes (1875-1938) consolide l'héritage familial au seuil d'un siècle marqué par les grands bouleversements.

Témoin et acteur de son temps, il assure la protection et la pérennité de Grand'Maisons à travers les épreuves des deux Guerres mondiales. Sous son égide, le domaine demeure un sanctuaire de stabilité et de transmission, préservant l'art de vivre et les traditions familiales face aux fracas de l'Histoire.

Durant près d'un demi-siècle, Thibault de Saint Seine incarne la figure du gardien du temple, veillant avec dévotion sur l'intégrité architecturale et l'âme de la demeure héritée de ses aïeux, avant de passer le flambeau à sa fille Simone au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Thibault de Saint Seine

Thibault de Saint Seine 
photographie vers 1895

Anne de Truchis de Varennes

Anne de Truchis de Varennes
photographie vers 1895

VII. LE COMTE ET LA COMTESSE ROLAND DE SAINT SEINE,
Du Courage de la Résistance à l'Audace du Renouveau

Simone Le Gouz de Saint Seine (1909-2010), fille de Thibault et Anne de Saint Seine, épouse de Roland Le Gouz de Saint Seine (1901-1974)

Simone et Roland de Saint Seine

Simone et Roland de Saint Seine
photographie de mariage en 1929

Durant la Seconde Guerre Mondiale, le château fut occupé par les troupes allemandes, qui se partagèrent les lieux avec les descendants d'Augustine qui résidaient sur place après avoir quitté Paris occupée. Le comte Roland de Saint Seine faisant acte de bravoure en cachant sur le domaine un aviateur anglais qui avait réussit à se parachuter dans les parages fut dénoncé. Roland fut envoyé dans les camps des Nazis, et connu la désolation de Natzweiler, Gross Rosen et Dachau. Il en revint vivant, et fût honoré de la croix de la Légion d'honneur.

Témoignage du Capitaine Roland de Saint Seine

 

Au sortir de la guerre, Simone de Saint Seine et son mari le Comte Roland de Saint Seine rénovèrent et réaménagèrent le château et y démarrèrent, précurseurs, une activité de séminaire résidentiel.

Parents de 4 enfants, c'est leur fils Luc qui reprendra le flambeau de l'entretien du domaine.

VIII. LE COMTE LUC DE SAINT SEINE,
L’Architecte du Domaine Contemporain

Luc Le Gouz de Saint Seine (1938-2012) , fils de Simone et Roland de Saint Seine,  grand passionné d'architecture et de belles pierres, réaménagea à partir des années 1970 le corps de ferme de Grand'Maisons, pour y créer un magnifique lieu de réception.

En y développant une activité évènementielle de qualité durant près de 40 années, avec plusieurs milliers de réceptions, mariages, séminaires et  conventions d'entreprises accueilli dans les 3000m2 de salons du corps de ferme, Luc de Saint Seine réussi la prouesse de maintenir un équilibre financier permettant de continuer la restauration et l'embellissement du domaine de Grand'Maisons.

Deuxième enfant d'une fratrie de 4, il sera cependant nécessaire à la génération suivante de chercher des solutions sur la suite à donner à l'histoire familiale à Grand'Maisons.

Comte Luc de Saint Seine

Comte Luc de Saint Seine
photographie vers 1960

Comte Luc de Saint Seine

Comte Luc de Saint Seine
photographie en 2004

IX. LUTZ & VICTOIRE LIEBRECHT DE SAINT SEINE,
Un Engagement pour la Pérennité

En 2017, Victoire de Saint Seine et son mari Lutz Liebrecht reprennent la direction de l'activité événementielle et la gestion du domaine. Leur arrivée marque une phase de restructuration nécessaire pour répondre aux exigences actuelles de conservation d'un tel patrimoine.

En 2022, un arbitrage stratégique majeur est opéré. Afin de concentrer l'intégralité des investissements sur le cœur historique, Lutz et Victoire font le choix de céder le corps de ferme. Ce recentrage de l'activité permet de libérer les ressources indispensables à la restauration lourde du Château et de ses communs, ainsi qu'à la réunification du domaine.

Ces décisions de gestion ont permis, dès 2023, d'engager des chantiers d'envergure : la réfection totale des toitures en ardoise du château, et la restauration des deux communs historiques, les Pavillon Est et Ouest.

Le développement se poursuit aujourd'hui avec le projet de la nouvelle Orangerie, qui prévoit la mise en valeur du Pavillon Est avec la création d'un espace de réception de haute facture capable d'accueillir 300 convives. Par ces choix rigoureux, Lutz et Victoire assurent la stabilité financière et l'avenir architectural de Grand'Maisons.

Lutz & Victoire Liebrecht de Saint Seine

Lutz & Victoire Liebrecht de Saint Seine

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